
Ce palace de Xin Beitou qui tombe en ruine, n’est-ce pas un décor merveilleux propice à la mise en scène d’une histoire d’amour savoureuse entre un samouraï kamikaze et une princesse du raï... qui s’appellerai, voyons, au hasard … Samia. L’invraisemblable Rocambole n’est pas loin, vous dites ? Justement. Démonstration.
Dans les quartiers populaires de Wahran, dans les cabarets louches et plaisants, sordides et flamboyants, Samia dans les années 30 dansait et chantait le wahrani, variante raï des chants de la tradition Almohade. Elle jouait grâce à son charme avec la concupiscence des puissants. Comme le jeu était dangereux et qu’il ne valait pas le chandelier d’un Jean Valjean, elle décida de profiter des faveurs de l’un de ses prétendants. Un prince, riche et pas vilain, venait, tout spécialement du Caire pour entendre chanter son déhanché et contempler les arabesques vocales et parfumées de ses improvisations malicieuses et de ses danses provocantes. Elle se maria. Mais là bas, en Egypte, elle n’eut pas le loisir de se mesurer à Oum Khalsoum. Pourtant, il y eût peut-être une deuxième voix de l’Orient. Le prince se révéla un monstre de jalousie et lui interdit toute sortie. Confinée dans son palace, elle n’eut pas le loisir de s’ennuyer. La bibliothèque était immense et l’apprentissage coranique était assez souple pour lui laisser le temps de déchiffrer les récits d’Ibn Battuta. Quand Samia apprit que son époux avait été tué dans une petite ruelle derrière Middan Al-falaki par des membres du Wafd, hostiles au clan du roi Farouk, elle s’enfuit avec quelques bijoux et joignit une troupe itinérante de comédiens et d’artistes de toute trempe qui faisaient routes vers Damas. Prolongeant ainsi la route des caravansérails, elle se trouva bientôt en Inde. Les temps étaient troublés depuis la Mésopotamie jusqu’aux sources du Gange, mais la vie de troubadour berbère lui convenait. Elle voyait dans cette existence de trouvère bohème l’assurance de préserver son bien le plus précieux : la jouissance de la liberté. La guerre sino-japonaise conduit la troupe à embarquer dans l’espoir de joindre les îles de Polynésie. Leur navire fut réquisitionné et incorporé dans la flotte nippone. Elle débarqua à Taipei et se sépara de ses compagnons. Dans le nord de la ville, Samia devait danser devant des militaires ignorants, insultants et parfois violents. Un soir trois soldats brutaux voulurent lui retirer ses voiles. On la prenait pour une catin et elle n'était pas geisha. Elle répliqua par des gifles, des coups de griffes et des grognements. Sa mort était imminente. Un Ronin qui occupait la pièce adjacente, fit irruption dans leur salon privé, un katana à la ceinture, avec l’air un peu contrarié. Il mit les trois soldats en six morceaux bien distincts et emporta Samia dans une de ses maisons de villégiature dans lesquels ont l'habitude de se rendre les soldats avant de mener une opération suicide contre l’ennemi américain. C'était le jour de Pearl Harbour. On vint les chercher à l'aube dans leur villa mais les deux amants kamikazes, pour d'autres raisons, s'étaient déjà donner la mort.

4 commentaires:
Toshiro Mifune, Bruce Lee ou Jackie Chan
Lee Marvin, Gian Maria Volonte ou John Cazale.
(Avec un net penchant pour John)
Bernard Menez, Jean Lefebvre ou Jacques Balutin.
Ayant hésité (longuement) à poster un truc dans le genre de Lola, je signale que j'avais aussi Lefebvre dans mon trio improbable.
Mais Menez et Balutin (Balutin !), chapeau.
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