
Cette histoire est peut-être extraite du Cycle des Barons Révoltés ou bien du Livre des Trois Royaumes ou bien encore du phantasme médiévaliste ambiant. Quièn sabe ?
Plusieurs seigneurs de la guerre avaient fait allégeance à l'Empereur Kar Lu Da 豈魯大. L'empire qui était puissant grâce à ses alliances se portait bien et cultivait un sentiment d'invincibilité insouciant comme un pourceau se complaît dans la fange sans prendre garde aux couteaux aiguisés des cuisines. Les festins succédaient aux conquêtes. Rou Lan 葇覽 était de tous les guerriers le plus saillant. Il avait le sens de la découpe. Et ses ennemis finissaient en menus morceaux propres à engraisser les vers. Autant dire que sur les champs de bataille, les charognards prenaient goût au luxe. On y dégustait des suchis. Rou Lan était écouté, admiré, imité, par ses vassaux. Les hommes liges ne cherchaient pas le litige. Ils étaient justement traités. l'un d'eux se distinguait au combat et sa science de l'épée faisait de lui l'égal du maître. certains disaient qu'il le surclassait même avec sa lame. Rou Lan n'en prenait pas ombrage. Il savait tirer parti de l'émulation. une reconnaissance virile lui rendait sympathique ce parent de souche obscure, autant dire de couche impure. Yuan De Bor Dou 媛的剝兒都 jouissait donc des faveurs du ber féroce. Car Rou Lan était fier, cela le rendait parfois stupide. Il se rendit dans un foyer pour nécessiteux avec ses troupes et exigea en plus du gîte une pitance digne de son engeance. Les femmes préparèrent pour ses troupes un festin, de délicieuses Rou Niu Chao Mien 肉業 炒面, des nouilles sautées au boeufs dans des grands woks (le wok est une version cantonnaise du guo, un grand plat en fonte destiné à la cuisson, une poêle quoi). Le feu était puissant parce qu'il était alimenté par le méthane que produisaient les déjections des cochons qui fermentaient gentiment dans des cuves sous le refuge. Peu nombreux étaient ceux qui pouvaient se vanter de connaître cette ancestrale technique mongole de cuisson au gaz. Rou Lan qui était ivre d'alcool de riz se mit à jouer avec le mécanisme comme un enfant qui découvre un jouet nouveau. Il brisa le conduit d'alimentation et mit le feu au refuge qui était de bois et qui s'embrasa rapidement. Toutes les femmes ne purent échapper au désastre et certaines périrent brûlées. Il se trouve que la mère de Yuan De Bor Dou demanda des comptes. Rou Lan plutôt que de faire amendes honorables le traita de ce qu'il était. Yuan perdit son sang-froid et lui porta sur le crâne un coup si violent qu'il éclata le heaume, l'arête nasale, l'arcade, qu'il lui brisa quatre dents et le trône de fortune sur lequel il siégeait s'enfonça de cinq pouces. Yuan De Bor Dou jura de l'achever s'il le croisait à nouveau sur sa route ce qui advint immanquablement quelques semaines plus tard. Ba Ya 巴亞 le fidèle destrier de Rou Lan ne put empêcher le fatal duel. Rou Lan y perdit la tête.
On confond. Était-ce au temps des Xin ou des Han ou au temps des six dynasties ? En amont de l'Histoire ou en aval ? Enfin, c'était un temps de barbares en cavale, une époque de barbus qui semèrent la terreur et se départirent l'Empire de Kar Lu Da réduit rapidement en bûchers sans fin, en de petites bouchées pour gourmets du crime affamés.
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