mardi 24 mars 2009

Roaster Show 2

Même si les patrons de café ont parfois les travers qu'aurait un facteur dans sa tour d'ivoire, Paphoto se garderait bien de leur adresser l'ombre d'un reproche. Trop content de biberonner son cafe latte pour ponctuer sa journée. Et puis il y a peut-être de l'embauche. Si. Rien de tel si on veut peaufiner son chinois. Pour passer maître torréfacteur, il faut être postgraduate minimum. Mais les européens sont dispensés du diplôme parce que leur seule présence attire la clientèle. Taipei est terre confucéenne c'est-à-dire qu'elle fait partie de la communauté des Maîtres et des Disciples et pas de celle des Pédocrates pour reprendre le concept enchanteur d'un roman contemporain fameux. Sur les murs, des gravures cosmogoniques réécrivent à leur manière une énième création du monde. Elles font penser à des tasses à café vues du dessus qui tourbillonnent comme des soleils noirs. À l'origine le monde n'était qu'un oeuf composé du ciel et de la terre. Ils enfantèrent un être ange caféïnomane. 盤古 Pan Gu (littéralement "plateau ancien" ou encore "vieille partie d'échecs")  était donc seul au monde. Il adorait boire du café mais plus il en buvait plus il grandissait. Il finit par prendre des dimensions prodigieuses au point de séparer la terre et le ciel. L'opération prit une éternité au terme de laquelle 盤古 mourut d'épuisement. Il se décomposa et chacune de ses parties forma le monde dans lequel l'humanité s'épanouit (se développe serait peut-être plus juste). Son souffle se métamorphosa en vents et en nuages, son oeil gauche en lune, le droit en soleil, son corps en de hautes montagnes, ces veines en fleuves, ces cheveux en forêts — enfin on n'en finirait pas de dénombrer le monde à partir des parties de son corps. Les cartomanciens savent bien qu'on peut encore communiquer avec l'esprit de 盤古 en scrutant le marc à café. 

1 commentaire:

Anonyme a dit…

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