samedi 28 février 2009

Dévotion 3



Le Général Guan Yu récompensera les plus loyaux d'entre vous. Kuixing le suit qui favorise les candidats aux examens. Dieu de la Guerre et Dieu de l'Éducation. À chacun son ministère. Il est à craindre qu'ils ne vous ignorent le moment venu si vous ne leur adressez pas une petite offrande et une prière bien sentie. 

Bei Gong Shang Wen Tai, 北宮昌文台, le temple de Wen Sheng fête ses cinquante ans. Une centaine de temples viennent processionner devant ses portes. Des virgules de feux d'artifices et de pétards ponctuent chaque convoi. Il fait nuit, il a plu, ça dure depuis le matin et ça semble ne finir plus. 

À l'autre extrémité de la ville. C'est moins drôle. On commémore l'incident du 2.28 (28 février 1947) et le massacre de 20 000 taïwanais par les troupes du Kuomintang qui préfigure le début de loi martiale. Ma Ying-jeou issu du KMT doit faire oeuvre de contrition. 

vendredi 27 février 2009

Taipei Ka 台北咖 1

Non, ceci n'est pas une reconstitution du labo de Marie Curie au musée de cire de Taipei. Ce qui fait le charme du décor Lavoisier, c'est l'alignement des cafetières à Siphon derrière le comptoir rétro du café Fong Da, 蜂大.  Non, un siphon, 虹吸式 Hong Xi Shi, n'est pas cette chambre d'évacuation des eaux usées qu'on trouve sous les éviers. C'est un procédé élégant pour faire un café délicieux, procédé développé essentiellement au Japon et laissé en héritage à Taiwan. Non, ce n'est pas une vulgaire cafetière italienne. Il y a effectivement deux compartiments en verre superposés qui communiquent entre eux et ne sont séparés que par un filtre. Celui du bas contient de l'eau. À l'ébullition, l'eau monte et inonde le second compartiment du haut qui contient le marc. Jusque là, rien ne la distingue de l'italienne. Mais si on retire la cafetière du feu, l'eau se refroidissant redescend dans le compartiment du bas, tandis que le marc est maintenu grâce au filtre intermédiaire. Procédé ingénieux mais peut-être un peu long et peu compatible avec la culture de l'espresso. Ici, les maisons de thé ont presque toutes disparues au profit des cafés mais le rite social et le savoir faire s'est reporté sur le conditionnement du café. Nombreux sont les établissements qui disposent de leur propre torréfacteur. Fong Da a ouvert ses portes en 1956. Les plus vieux cafés remontent aux années 30. Cao Shi Hua, 曹世華, voulait être apiculteur. Malheureusement le commerce du miel n'était pas très rentable. Il s'est mis alors à étudier la culture du café, comme on étudie celle du thé. Fong Da signifie "reine des abeilles". 





jeudi 26 février 2009

Le Plein 1

Il connaît bien un peu la théorie, mais rien à faire, le vide, ça ne prend pas. Constamment a essayer de remplir vie, petits papiers, réservoirs en tout genre. Paphoto cherche, maladivement peut-être, à faire le plein. Méthode creve l'angoisse. Façon hyper-actif. Plus le temps de ne rien faire d'autres.

mercredi 25 février 2009

Le Vide 1

Mei Yuen dit que lorsqu'elle est triste et qu'elle pense à ses proches disparus, elle se met sur son tatamis et fait le vide selon les anciennes techniques éprouvées de méditation. Elle ne pense à rien. Et puis après ça va mieux. Beaucoup mieux, dit-elle. 



mardi 24 février 2009

Pirouettes 2

Caractéristiques : caractères hystériques. 
 

lundi 23 février 2009

Opéra sans frontières

Die Zoberflöte ou bien  魅湖咒 Mei Hou Zhou, a-t-on des chances de mieux comprendre finalement ? La flûte enchantée ou le Sortilège du lac merveilleux, ne vont-ils pas puiser à la même source ?

Un soldat Mandchou dont le nom ne nous est pas familier est porteur d'un message pour l'empereur. Mais en cours de route Lan Su Lo s'égare dans un bois au centre duquel dort un lac paisiblement. Il fait chaud. Le soldat laisse un instant sa monture se désaltérer. Une jeune femme sur la rive opposée se baigne. Le spectacle est si troublant et la femme si belle qu'il désarçonne le cavalier. Lan Su Lo se redresse fort honteux sous le rire lointain de la jeune fille qui en a profité pour s'échapper. Il n'en puit mais, saute sur son destrier et poursuit la belle apparition. Au pied d'un temple, il trouve un ruban. Il croit distinguer la belle enfant dans la pénombre se recueillir. Il pénètre dans une salle. Jeu de cache cache, embrassades furtives reconnaissance mutuelle. Dans un souffle, elle lui confie son nom. Mo Gan et Lan Su s'éprennent l'un de l'autre et sont aussitôt amants. Mo connaît un sage qui peut les unir aisément. Le sage qui se nomme Lin lui enseigne son savoir. "Lin est une mère pour moi". Ils reconnaît les deux amants et se prête volontiers au cérémonial au bord du lac. Mais Lan Su se souvient qu'il doit remettre un message à l'empereur. Il promet qu'il reviendra dès qu'il se sera acquitté de sa dette. Lin le prévient qu'il ne peut rompre sa promesse sans mettre en danger sa nouvelle compagne. Mo a confiance. Mais l'Empereur exige de Lan qu'il combatte à ses côtés. Il s'élance, se bat, se démène, triomphe de tous ses adversaires, se couvre d'honneur, oublie sa promesse. Mo dépérit et finalement meurt. Alors qu'il est encore au sommet de sa gloire, que l'empereur lui confie ses peines, qu'il partage une part de sa puissance, en songe, l'image de Mo lui apparaît. Il se souvient de son ancienne promesse. Le remords le presse. Il file au bord du lac. La forêt se déchaîne contre lui. Il lutte, il frappe, il tronçonne. C'est un vaillant. Il croît voir à nouveau Mo qui l'attend au milieu du lac. Une force irrésistible l'entraîne. Heureusement, l'empereur, alerté par ses gardes, a suivi son guerrier le plus fier et intervient à temps pour chasser la vile illusion. Quand Lan Su Lo se rend compte du gâchis qu'il a accompli, il se laisse écraser par une profonde mélancolie. L'empereur s'approche et lui pose affectueusement la main sur l'épaule et lui dit : "..."

Mais que peut-il bien lui dire ?
 

 

dimanche 22 février 2009

Pirouettes 1

Il était un petit homme

Qui s'apprêtait pour l'opéra, 
Qui s'apprêtait ce soir pour l'opéra...
Pirouettes, cacahouètes...

Un opéra traditionnel,
Un opéra taïwanais traditionnel...
Pirouettes, cacahouètes...

Mais ce soir au Mémorial,
Au Mémorial Hall Chiang Kaï-chek
Pirouettes, cacahouètes...

C'était la Company Käfig
La Company de Mourad Merzouki
Pirouettes, cacahouètes...

Et s'est cassé le bout du nez, 
Et s'est cassé le bout du nez.
Pirouettes.

C'est demain.

samedi 21 février 2009

François Julien l'Inhospitalier 4

Indifférent aux objections intérieures de l'assistance, l'Inhospitalier poursuit sa démonstration: Il n'y a pas de hiatus pour penser la liberté si pas de pensée de la volonté. Or Confucius n'est ni une morale de l'action, ni de la volonté, c'est une morale du conditionnement. 

Cqra que le panorama commence à ennuyer ferme se met à tagger le croquis de Paphoto. W Bush + Bourdieu + Badinter + Vge = FJ. Ce qui s'interprète ainsi : l'Inhospitalier est un vil amalgame de plusieurs faciès. Ce serait un motif suffisant pour jeter un gant. Enfin, Cqra n'en a cure. Il n'est plus à un duel près. 

vendredi 20 février 2009

François Julien l'Inhospitalier 3

Celui Qui Regarde Ailleurs (aux commandes de l'ULM qui transportait Paphoto) affirme que la théorie du biais de l'Inhospitalier est un peu bancale. Une remarque sur le commentaire de Hegel à propos de la pensée de Confucius a attiré son attention. "Rien à glaner. C'est une morale bonne et honnête. Rien à construire", ainsi s'exprimait Hegel. C'est que le philosophe allemand n'a eu accès à la pensée du Maître que par l'intermédiaire de paroles rapportées, figées, transformées en catéchisme. La pensée subtile serait impropre au colportage sous peine de tomber dans la doctrine. D'où la méprise de Hegel qui ne voit dans Confucius qu'une machine à produire des banalités. C'est qu'il n'a eu accès qu'à une version fossilisée. Conclusion : dans ces conditions la pensée occidentale ne peut avoir qu'une perception torve de la pensée orientale. CQRA s'interroge alors sur le bien fondé de ce CQFD : en quoi les remarques de l'Inhospitalier sur le regard que Hegel porte sur Confucius permettent-elles d'éviter l'écueil de la représentation stéréotypée de l'orient comme figure de l'étrangeté absolue ? 

jeudi 19 février 2009

François Julien l'Inhospitalier 2

L'Inhospitalier, helléniste et sinologue, fait dialoguer Platon et Confucius comme s'il s'agissait de vieux compères qui ne se peuvent jamais mettre d'accord. D'un côté, la parole de biais, celle de Confucius, adepte de la pensée subtile qui a horreur de la dialectique et du débat — les disciples qui s'y risquent mangent une taloche. De l'autre, la parole frontale, celle de Platon, adepte du logos qui ne pense que par oppositions distinctes sur scène publique.

De ce dialogue de sages, il conclut systématiquement par le constat regrettable que la pensée chinoise, faute de tradition critique avec débat et expression libre, est inapte à la démocratie. La pensée gréco-occidentale, quant à elle, serait en panne et devrait chercher réconfort et inspiration auprès de la morale sino-orientale.

Pafi, méfiant, soupçonne cette vision de léger strabisme. Il dirait volontiers, par exemple, que l'Inhospitalier se plante un peu puisque l'île de Taiwan, plus chinoise que la Chine, se trouve être une démocratie avec élection universelle, multipartisme et tout et tout, si Pafi n'était lui-même pris dans d'inextricables empêchements bureaucratiques qui ressembleraient à une vaste entreprise de mauvaise foi si celle-ci n'avait tendance à se confondre avec la pensée subtile. Que faut-il déduire ?

mercredi 18 février 2009

François Julien l'Inhospitalier 1

Alors qu'il survolait Paris en ULM pour mieux en apprécier la circonférence, Paphoto croisa Julien sur un nuage perché. Prenant la hauteur d'un César gentiment maltraité par un Uderzo intrigué, il lui annonça sans ambages que la pensée débordait la philosophie. Belle entrée en matière, voyons la suite, se dit le zozo de passage qui se sentit, aussitôt, un peu concerné par l'aphorisme provocateur.