jeudi 11 juin 2009

Nouvelles aventures de Paf Gadjo 2


Quelque part au pied d'une muraille de République Démocratique de Chine.

— Et sinon t’en as pas marre de monologuer dans ton coin ?

— Si mais j’ai pas l’intention de discuter plus longtemps avec des chimères. Je vois rouge.

­— À ce propos, tu voudrais pas changer de couleur. D’une, le rouge c’est particulièrement agressif et affligeant pour le regard, de deux, personne a vu de melon rouge dans toute l’histoire de l’humanité.

— C’est essentiellement, ces deux couleurs, le rouge et le noir qu’on utilise en calligraphie. Elles sont remarquablement élégantes et complémentaires. Demandez à Sorel, à Mitterrand, à Jeanne Mas ou à la charmante Julie Puertas. Le rouge, c’est la couleur des écritures solennelles, des textes officiels et administratifs. Autrefois, l’encre rouge était réservée à la main de l’empereur. Pour les condamnations à mort essentiellement. Pour les examens du mandarinat, copies en noir, corrections en rouge. Pour les mariages aussi. Quant à l’association au communisme, elle concerne la couleur mais pas particulièrement l’encre.

— Quant au noir, il n'est pas exagéré d'affirmer que c'est une couleur un peu sordide… Je porte pour ma part un costume de dentelle, velours et brocart, une savante harmonie d’azur qui rappelle ma noble extraction et… le rendu laisse à désirer. 

— Grâce au noir, selon la théorie esthétique chinoise, toutes les subtilités de couleurs devraient pouvoir s’exprimer… Toutes les nuances de sentiment aussi. Le noir a un pouvoir de représentation infini.

— Le noir, tout exprimer ? Il faudrait t’entraîner, prendre des cours, mon vieux. Ton dernier dessin est à la limite de l’indignité. On ne dessine pas les gens comme ça ? Quel besoin de dessiner un mendiant amputé d’une main ? Et en plus d’utiliser un humour douteux… c’est un affront à la pudeur la plus élémentaire. 

—­ Je ne sais pas ce que je peux répondre à ça. Tu as peut-être raison. Mais ce n’est pas le rire que je recherche. Ni la compassion. J’obtiens une information, en l’occurrence une idée reçue, et je la confronte au réel. En espérant une falsification et un effet de sens ou de forme. Ce mendiant par ailleurs organisait lui-même sa propre mise en scène qui reposait sur l’exhibition de son membre manquant, spectacle censé provoquer la honte, la gêne, la pitié, la compassion… Et puis, le dessin n’est pas la photo. Il suppose une plus grande tolérance et une plus grande  ditance peut-être à l’égard du cru.

— Distance, mon cul ? Si c’est un attrappe-commentaire que tu cherchais, autant dire que c’est raté.

— Charlie avec la gouaille de Zazie, c’est trop. Je sais pas pourquoi je me suis mis un tel Charlot en tête, j’aurais du dessiner un Li von Clif.

— Lee van Cleef, on t’as déjà dit. T’es dur de la feuille, mon choux. T'as pas assez vu de Western Léonie quand t'étais petit ?

­— Si d'ailleurs il est temps d'arrêter les frais et les prises de tête, faut que je file et m'en retourne en terre léonine.

— Quelque chose me dit que ce n'est pas le bon chemin. 

3 commentaires:

Ju. a dit…

Tu t'auto-commentes si joliment que je n'ose y ajouter quoi que ce soit...

Anonyme a dit…

C'est vrai que la dernière fois que tu étais perché, dans le noir, ya en qui ont vu rouge...!

Anonyme a dit…

A défault d'avoir des critiques constructives tu te les inventes. Joli l'argumentaire!