mardi 31 mars 2009

Bu Daï Shi 1



Le Grand Maître marionnettiste Chen Shi Huan est aux commandes pour présenter une nouvelle création. 
— Buongiorno Principesa !!! 
— Buongiorno Maestro.
— Et comment elle s'appelle la princesse ? 
— Léonie !
Précisons que Chen Shi Huan n'est pas un avatar de Jacques Martin. C'est le fils du grand Li Tuan Lu. Une référence en terme de Bu Daï shi. Trésor national. 
— Et combien tu pèses ? 
— 2 Kg 08.
— Et quelle est ta taille, dis-moi ? 
— 45 cm.
— Et tu la sors d'où cette tignasse ravissante ? 
— De mon ... non mais... bientôt, il va me demander  le nom de mon coiffeur.
— Et ces mignons petits yeux bleus, ils sont à qui ? 
— Bon, Maestro... trop c'est trop...
— Et qu'est-ce que tu veux faire plus tard ? 
— ...

lundi 30 mars 2009

Pirouettes 4


Une girafe munie de son brevet de secouriste ou bien un diplodocus surmonté d'un gyrophare — l'image n'est pas bien distincte — répare une enseigne tendre et saignante qui menace de basculer victime de pesanteur. Une bourrasque suffirait à la dégrafer et la faire s'écraser sur un trottoir chatouilleux ou sur des crâneurs mal disposés à l'égard des grandes réceptions. 

dimanche 29 mars 2009

Couleurs 4



Aux moindres gouttes, dans les couloirs de métro, sous les porches et les portiques, un Mastermind débonnaire aligne en arc en ciel une combinaison indéchiffrable. 

 

samedi 28 mars 2009

Inachevé 2


Le garçon nommé Corbeau se languit sur le rivage. Il pense à la nuit d'amour qu'il a passé avec le fantôme de Madame Saeki qui pourrait être sa mère. Cette pensée fait naître des harengs qui tombent du ciel. Un chat bilingue qui aime le poisson et les histoires fantaisistes se prend de sympathie pour un bibliothécaire japonais que sa nature androgyne pousse à la mélancolie. Il lui conseille d'ouvrir un café-concert à Taipeh en hommage à Kafka Tamura qu'il vénère. Il sert des cafés corsés et de la musique électro et place, sur un mur racoleur, un portrait du maître de Prague qui ressemble étrangement au frère d'une étudiante de Taïda qui vient réviser chaque après-midi ses théorèmes de bio-chimie sous son regard bienveillant. Welcome to 海邊的卡夫卡, Hai Bian de Ka Fu ka.

vendredi 27 mars 2009

公車 Transport en commun 2


Une blague circule sur le MRT, le métro taïwanais. Un groupe de moutons se promène sur le quai. Un loup surgit affamé. Combien va-t-il en croquer ? Réponse. Aucun. Il est formellement interdit de manger dans l'enceinte du métro. Pas drôle ? Elle ne vaut sans doute pas mieux que les blagues Carambar d'Elie Semoun. Enfin, elle est juste. Surveillance étroite. Caméras. Vigiles. Espace de sécurité anti-agression sur les quais pour les jeunes femmes non accompagnées après dix heures. Drôle ? Allez, une variante : un groupe de moutons envahit une rame en bêlant à tue-tête "Libérez Chen Shui-Bian ! Libérez ...". Or Panurge est à bord qui sirote un sirop sport. Que va-t-il se passer ? 

jeudi 26 mars 2009

Mifa 1



Un petit-déjeuner avec un Mitsubishi familial rutilant. Ce garage a pignon sur rue. Tout le quartier vient se sustenter dès 6 heures du mat en dégustant les deux spécialités de cette petite PME dirigée par une seule famille, originalité économique commune à toute l'île de Taiwan. On sert Niu Rou Fan 牛肉飯, riz à la viande, et 米粉 Mi Fen, nouille à la farine de riz. Avant que les Mifen parviennent dans cette mifa, de l'eau a coulé sous les ponts de Formosa. C'était au quatrième siècle, dit-on, à cette époque malfamée où les barbares semaient la zizanie dans le nord de la Chine que la population en déroute fut contrainte de s'installer au sud dans le Fu Tien juste en face de Taiwan. Or il n'y avait pas de farine dans cette région de la Chine. On en fit avec les moyens du bord. Avec du riz. Lors des grandes migrations vers Taiwan les habitants du Fu Tien s'installèrent à 新竹 Xin Zhu. C'est là qu'on déguste les meilleurs Mi Fen de l'île. À dix heures trente, c'est plié. On racle déjà le fond des casseroles. Le rideau de fer du garage se rabat. 

mercredi 25 mars 2009

Opéra sans frontières 3

Une ombre rôdant 
Sur les remparts de séviiiiiille 
Ivre de manzaniiiiiilllla
en dançant la Séguediiiiiiiiille

Murmure 
Pat'ti je décroucherai la luuuuuuna

mardi 24 mars 2009

Roaster Show 2

Même si les patrons de café ont parfois les travers qu'aurait un facteur dans sa tour d'ivoire, Paphoto se garderait bien de leur adresser l'ombre d'un reproche. Trop content de biberonner son cafe latte pour ponctuer sa journée. Et puis il y a peut-être de l'embauche. Si. Rien de tel si on veut peaufiner son chinois. Pour passer maître torréfacteur, il faut être postgraduate minimum. Mais les européens sont dispensés du diplôme parce que leur seule présence attire la clientèle. Taipei est terre confucéenne c'est-à-dire qu'elle fait partie de la communauté des Maîtres et des Disciples et pas de celle des Pédocrates pour reprendre le concept enchanteur d'un roman contemporain fameux. Sur les murs, des gravures cosmogoniques réécrivent à leur manière une énième création du monde. Elles font penser à des tasses à café vues du dessus qui tourbillonnent comme des soleils noirs. À l'origine le monde n'était qu'un oeuf composé du ciel et de la terre. Ils enfantèrent un être ange caféïnomane. 盤古 Pan Gu (littéralement "plateau ancien" ou encore "vieille partie d'échecs")  était donc seul au monde. Il adorait boire du café mais plus il en buvait plus il grandissait. Il finit par prendre des dimensions prodigieuses au point de séparer la terre et le ciel. L'opération prit une éternité au terme de laquelle 盤古 mourut d'épuisement. Il se décomposa et chacune de ses parties forma le monde dans lequel l'humanité s'épanouit (se développe serait peut-être plus juste). Son souffle se métamorphosa en vents et en nuages, son oeil gauche en lune, le droit en soleil, son corps en de hautes montagnes, ces veines en fleuves, ces cheveux en forêts — enfin on n'en finirait pas de dénombrer le monde à partir des parties de son corps. Les cartomanciens savent bien qu'on peut encore communiquer avec l'esprit de 盤古 en scrutant le marc à café. 

lundi 23 mars 2009

Crudités 1

Une vendeuse de noix de bétel entre une poussette et un mannequin en tenue très légère. Lévi-Strauss explique quelque part que sa méthode consiste à repérer et analyser les oppositions fortes qui structurent les sociétés humaines. La distinction cuit-cru marquerait par exemple la frontière entre les sociétés animales et les sociétés humaines. Mais ne pourrait-on pas observer les modes d'ingérence du cru par de-là les frontières de l'animalité ? Le cru pourrait être compris tout simplement comme la part animal de l'être humain. Non, il ne s'agit pas de s'extasier sur l'ingestion du Steack Tartare ou des Sashimis. Hors l'alimentaire, voir un exemple. Dieudonné dans un interview "censuré" tristement célèbre répond à une journaliste qui l'interroge à propos d'un spectacle au Zénith où il avait invité un révisionniste de renom : "Je sais la nourriture qu'il vous faut. Il vous faut de la viande crue et sanguinolente. Et Robert Faurisson a été formidable. Il m'a permis de vous repaître pendant une semaine". Le cru n'est donc pas du vulgaire, du cul, du porno. C'est plutôt un voisinage incongru comme cette maman-poussette faisant commerce sucré devant des pénis en plastique nouvelle génération. Le cru est un sorte d'appel de la forêt qui fait recette. Le cru c'est du tout cuit. Le procédé déborde la presse à scandale. Une esthétique aussi. Rien de nouveau sauf que c'est un procédé qui appelle la surenchère et par conséquent qui favorise l'évolution rapide des pratiques. Simple déplacement de la pudeur ou bien jeu dangereux avec le sacré ? Ou bien encore ... ?   

dimanche 22 mars 2009

pirouettes 3

La Compagnie U théâtre monte un spectacle intitulé "the Moutain dawn" pour chanter la fusion de l'homme et de la nature, avec de grands mouvements hélicoïdaux pour figurer par la danse les grands cycles, avec des va-et-vient grandiloquents pour signifier l'efflorescence et le coït. Pas de transe à la derviche ni de transcendance à la Pina Bausch. Il faut le concret d'une orchidée qui s'agite en premier plan et une montagne en toile de fond. C'est pas une simple opposition "Cet été on va à la mer ou à la montagne ?". Le genre majeur dans la peinture chinoise s'appelle Shan-Shui 山水, littéralement "montagne-eau" ce qu'on traduit par extension par Landscape. Le paysage ne s'imagine pas sans montagne, principe de représentation de l'univers et de l'homme.  Sans cela, ni perspective, ni plein, ni vide. 

samedi 21 mars 2009

Dévotion 4

Comme la proue d'une caravelle surplombant des flots apaisés, un temple bouddhiste déploie l'envergure sacrée de sa charpente ouvragée sur une cité respectueuse. Sur les tuiles colorées, une colonie d'animalcules bienveillants assure protection tous risques ou au tiers. Au diable les gargouilles du zénith et le bestiaire effrayant des enfers. 

vendredi 20 mars 2009

Li Bai Wu 1


L'idée simple du patron, c'est de contourner la pratique du café chic. Un expresso pas cher pour commencer. Pas de rodomontade avec force mousse et dosage savant. Un coup de poignée virile sur le perco et envoyer la sauce. De grands événements pour fidéliser la clientèle. Certes le match de vendredi dernier c'était pas bien tombé.  Mais quand il n'y a pas rugby, Lao Ban 老闆* organise tournoi de Xiangqi 象棋 **. Enfin les clients savent malheureusement qu'on n'a peu de chance, contre cette ancien pousseur de bois passé maître, de remporter une partie. Mais pour pas un rond, l'artiste pourra t'enseigner les secrets de la Caro-khan. À douze ans pendant que ses parents servaient au bar, il s'entraînait pour les championnats de France et de Navarre. Son oncle lui racontait le temps où serveur était un métier respectable. Le salaire c'était le pourboire. La pratique a disparu, le métier s'est dégradé. Il va refleurir à cet angle de Zhong Shan Jié.

*Patron
** Jeu d'échecs chinois

jeudi 19 mars 2009

L'ombre de Lo Sheng 2

Dans de curieuses gentilhommières, sous voûtes et arcades, d'anciens preux chevaliers montent d'étranges montures. Les vaillants guerriers, après un corps à corps violent de six longues années,  ont fini par empêcher, provisoirement du moins, la progression dévorante d'un monstre métropolitain. Au terme de cette épopée, 70 pour cent des 30 hectares de léproserie ont été ingérés par la Taipei Rapid Transit Corp.

mercredi 18 mars 2009

Le Plein 2

La pensée du plein est sans doute lié à l'obsession de notre échéance. La pensée du vide pas tellement moins. La peinture des Vanités avait aussi par définition vocation à rappeler la vacuité des choses en dehors de la transcendance. Le vide était là représenté par du plein. On ne va pas s'en plaindre. Remarquez que la représentation du vide quelle qu'elle soit est le produit d'un discours mystique et morale avant d'être quelque chose d'esthétique. Alors, si on se débarrasse du sacré métaphysique, la représentation du vide vaut-elle la peine ? Autrement dit, à quoi mène l'exhibition gratuite du rien ?  

mardi 17 mars 2009

Le Vide 2

Pour dire les choses simplement, il y aurait trois termes en chinois pour exprimer l'idée de "vide" plus ou moins interchangeables.  WU se traduit par "rien" ; XI se traduit par "vide" ; KONG se traduit par l'un ou l'autre termes. Mais cela ne nous dit rien parce qu'aucun de ces termes ne contient vraiment l'idée de néant. Le vide est habité. C'est un fondement, une origine et un principe dynamique sans quoi rien ne peut exister. Banale dialectique de l'être et du non-être ? La langue, la nature, la religion, la société, la politique, les arts martiaux et non martiaux sont construits à partir de ce vide-là. Paf se dit qu'en peinture au moins on représenterait le vide pareillement, c'est-à-dire par l'absence de trait et de couleur. You dreamin' loin s'en faut : le vide ne se représente pas de la même façon.  



lundi 16 mars 2009

L'ombre de Lo Sheng 1


Ouvert pendant la colonisation japonaise à Xin Chuang pour isoler les personnes atteintes de la maladie de Hensen, le sanatorium de Lo Sheng serait déjà classé patrimoine de l'humanité par l'Unesco s'il n'y avait d'infinies complications liées au statut fantôme de Taiwan. 

Construites à flanc de coteaux, en terrasse, certaines baraques de briques et de bois, réhabilitées, tranchent avec l'urbanisme vertical des alentours. Les anciens malades bien portants et leur familles ont encore peur d'y être chassés. Temple et école sont encore en activité. Et puis il y a toutes les cours et les maisons désaffectées. Une épicerie, un salon de coiffure, une boulangerie. Un village à l'abandon. La construction du métro, du parking, de l'hôpital, ronge le site mine de rien.  Des présences impliquées surgissent, s'alarment, s'associent et protestent. 


dimanche 15 mars 2009

Taipei Ka 台北咖 4

Dans une ambiance survoltée, l'équipe de France, sur une action magnifique du grand essayiste Chaptal, s'est encore une fois distinguée par sa grâce et son héroïsme laissant les spectateurs émus et pantois face aux prouesses techniques, à la qualité de jeu, à la ténacité et à l'esprit de corps dont a fait preuve, comme dans ses plus grands moments, le 15 de France. Certes sa défense reste encore perfectible, les attaques pourraient encore gagner en efficacité, mais quel génie dans la mise en oeuvre de l'équation feinte de passe, crochets, combinaison, ouverture sur long couloir, essai. Certaines mauvaises langues diront que remporter une victoire contre une équipe d'Angleterre si médiocre cette saison, ne comporte pas grand mérite. Laissons-les causer à tort et rappelons-nous cette mi-temps historique et ses transformations chirurgicales qui ont fait rougir les tribunes du stade Twickenham.
 

samedi 14 mars 2009

Taipei Ka 台北咖 3

Sui-Lai Liu, passionné d'art et de littérature, ouvre le Boléro en 1934. Il expose des artistes, convoque des journalistes et des marchands d'art. En un mot, il avant-gardise Dadaocheng. San -lang Yang, Cheng-Po Tan, Sheu-hu Guo, Ji-Chun Liao, des huiles au royaume des peintres, firent feu de tout bois. La conjoncture est favorable à son essor critique et esthétique. Les journalistes trempent leur plume surréelle dans la plaie jusqu'à ce que le 2-28 mette un terme à ce souffle Dadaochiste.

Désormais, le Boléro, comme la place du tertre, n'est plus qu'un musée terne, la trace d'une splendeur qui n'émerveillent plus que de riches paléontologues. Et ce n'est pas le nouveau patron, persuadé que son décor années 70 est de style typiquement espagnol, qui va faire revivre l'ancien volcan. 

vendredi 13 mars 2009

Ordre et beauté 2


Où Paf apprend qu'il ne faut jamais prêter son carnet à dessin au premier venu. Il peut vous tirer le portrait à vos dépends. Certains doivent se dire qu'il y a une justice. Enfin, une petite consolation, il y aurait un air lointain  à Javier Bardem. Non ? 

jeudi 12 mars 2009

公車 Transport en commun 1



Imaginez, juste un court instant, que M8 attende des quintuplés. Vous y êtes ? Toute l'histoire serait à refaire. Il faudrait trouver cinq fois plus de prénoms. Le quinté dans l'ordre pourrait être : Esther, Bertile, Chimène, Mathilde, Camille. Ou bien. Xing Yin, Mei Hua, Wang Jin, Hexiang, Hu Long. Ou bien....



mercredi 11 mars 2009

Roaster Show 1

Taipei, la ville où le café est une science. Un exemple parmi d'autres. Aux abords de Fu-Jen, The Coffee Roaster accueille ses clients avec ce qui ressemblerait à une petite centrale nucléaire  si des effluves de Blue Mountain ne venaient pas rassurer les étudiants. Nombreux sont les établissements qui torréfient eux mêmes leurs cafés, font leur propres mélanges et exhibent leur appareils de conditionnement comme une garantie d'authenticité. C'est que beaucoup d'entre eux mettent en scène la culture du café. Carte mondiale des meilleures cafés, représentations de cafetières saugrenues, collections exotiques particulières, sacs de grains de provenances variées, dégustation des meilleurs blend, documentation savante. Sur les étagères sont alignés de nombreux volume de caféologie. Tiens un bouquin de biologie moléculaire ? Le jeune patron du Roaster, son PhD en poche, a délaissé les paillasses pour s'adonner à sa passion.  
 

mardi 10 mars 2009

Opéra sans frontières 2



Cette histoire est peut-être extraite du Cycle des Barons Révoltés ou bien du Livre des Trois Royaumes ou bien encore du phantasme médiévaliste ambiant. Quièn sabe ? 

Plusieurs seigneurs de la guerre avaient fait allégeance à l'Empereur Kar Lu Da 豈魯大. L'empire qui était puissant grâce à ses alliances se portait bien et cultivait un sentiment d'invincibilité insouciant comme un pourceau se complaît dans la fange sans prendre garde aux couteaux aiguisés des cuisines. Les festins succédaient aux conquêtes. Rou Lan 葇覽 était de tous les guerriers le plus saillant. Il avait le sens de la découpe. Et ses ennemis finissaient en menus morceaux propres à engraisser les vers. Autant dire que sur les champs de bataille, les charognards prenaient goût au luxe. On y dégustait des suchis. Rou Lan était écouté, admiré, imité, par ses vassaux. Les hommes liges ne cherchaient pas le litige. Ils étaient justement traités. l'un d'eux se distinguait au combat et sa science de l'épée faisait de lui l'égal du maître. certains disaient qu'il le surclassait même avec sa lame.  Rou Lan n'en prenait pas ombrage. Il savait tirer parti de l'émulation. une reconnaissance virile lui rendait sympathique ce parent de souche obscure, autant dire de couche impure. Yuan De Bor Dou 媛的剝兒都 jouissait donc des faveurs du ber féroce. Car Rou Lan était fier, cela le rendait parfois stupide. Il se rendit dans un foyer pour nécessiteux avec ses troupes et exigea en plus du gîte une pitance digne de son engeance. Les femmes préparèrent pour ses troupes un festin, de délicieuses Rou Niu Chao Mien 肉業 炒面, des nouilles sautées au boeufs dans des grands woks (le wok est une version cantonnaise du guo, un grand plat en fonte destiné à la cuisson, une poêle quoi). Le feu était puissant parce qu'il était alimenté par le méthane que produisaient les déjections des cochons qui fermentaient gentiment dans des cuves sous le refuge. Peu nombreux étaient ceux qui pouvaient se vanter de connaître cette ancestrale technique mongole de cuisson au gaz. Rou Lan qui était ivre d'alcool de riz se mit à jouer avec le mécanisme comme un enfant qui découvre un jouet nouveau. Il brisa le conduit d'alimentation et mit le feu au refuge qui était de bois et qui s'embrasa rapidement. Toutes les femmes ne purent échapper au désastre et certaines périrent brûlées. Il se trouve que la mère de Yuan De Bor Dou demanda des comptes. Rou Lan plutôt que de faire amendes honorables le traita de ce qu'il était. Yuan perdit son sang-froid et lui porta sur le crâne un coup si violent qu'il éclata le heaume, l'arête nasale, l'arcade, qu'il lui brisa quatre dents et le trône de fortune sur lequel il siégeait s'enfonça de cinq pouces. Yuan De Bor Dou jura de l'achever s'il le croisait à nouveau sur sa route ce qui advint immanquablement quelques semaines plus tard. Ba Ya 巴亞 le fidèle destrier de Rou Lan ne put empêcher le fatal duel. Rou Lan y perdit la tête.  

On confond. Était-ce au temps des Xin ou des Han ou au temps des six dynasties ? En amont de l'Histoire ou en aval ? Enfin, c'était un temps de barbares en cavale, une époque de barbus qui semèrent la terreur et se départirent l'Empire de Kar Lu Da réduit rapidement en bûchers sans fin, en de petites bouchées pour gourmets du crime affamés. 
 
Vertiges, maux de têtes, impressions de déjà lu ? Consulter Docteur Père Sacré.

lundi 9 mars 2009

Musique d'ambiance 4


Jinghu et Da Gu se comprennent. Ils se répondent et leur discours est un concert. Pour avoir une idée, il faut multiplier. Par 20, 30, 40. On obtiendra une silhouette approchante de l'immensité tonitruante de l'orchestre national de Taipei.

dimanche 8 mars 2009

Inachevé 1

Le fond est trop intense. S'il met de la couleur les fondus vont annihiler l'effet de contraste et l'on ne verra plus rien. Bougre de burnes. C'est encore foutu. À moins de tout laisser comme ça. La réserve est mal négociée — la réserve c'est le blanc, l'absence de pigment, proche de ce vide que recherche la peinture chinoise. Là c'est surtout celui du vide ordure. Il s'est laissé séduire par ce vert aquarium comme un bleu. Ce n'est pas une esthétique de l'inachèvement, c'est un ratage pointé. De quoi exceller dans l'art du pâté. Mais en même temps pas complètement résolu à le jeter, ce dessin. Peut-être faut-il garder en mémoire ce qu'il ne faut pas faire. Pour se rappeler qu'il faut apposer avec un minimum de réflexion la couleur, qu'il ne faut pas se laisser piéger par l'apparente docilité des couleurs, qu'elles peuvent éclater si on les dégoupille sans nuance. Il se peut qu'à la fin il ne reste que des déchets comme un banquet mal digéré. Peut-être seulement garder l'intention. Mais de quoi s'agissait-il déjà ?


samedi 7 mars 2009

Musique d'ambiance 3



Depuis une petite cabine presque semblable à celle du Faucon Millenium qui sert au montage et à l'enregistrement, Choubaka, assisté par l'ordinateur de bord Salvador Dalet, lance une nouvelle émission.

Bienvenu à bord du Paris-Taipei Express, l'émission express pour joindre les antipodes par la voix la plus directe... En voiture !

Il reste plus qu'à trouver la musique du jingle. Choubaka  aux commandes commence à grogner. Voilà trois heures qu'il est dessus et il n'arrive pas à passer en vitesse lumière. 

vendredi 6 mars 2009

Taipei Ka 台北咖 2

En mal d'amour et d'avant-garde, un bel officier coiffé d'une étoile de l'armée rouge s'éprend de Taipei et fabrique une double pièces montées. Une pâtisserie de spécialités fines et une belle salle de café superposée. 1947. Les intellectuels friands, les coquettes et les mondains s'entichent de l'Astoria. Lui aussi fait son Magot. On y pense, on y écrit, on y compose. La muse visite les clients et la caisse claironne. Dans un environnement cossu — le décor n'aurait pas changé depuis son ouverture — des Cosettes tournent autour de causeries sucrées où se mêlent les accents des célébrités nationales. Li Ming Cheng, danseur, Yu Guan Zhong, poète, Huan Chun Ming, écrivain, trois étoiles parmi les plus illustres. Dans sa pléiade, l'Astoria comptait même  la femme de l'ancien président, Jian Jin Guo, fils aîné de Chang Kaï Chek qui était russe et pouvait satisfaire sa nostalgie gourmande. Les avant-gardes étant volages, comme son homologue du Boulevard saint-Germain, il ne reste plus à l'Astoria qu'à entretenir son mythe.


jeudi 5 mars 2009

Musique d'ambiance 2


Après-midi échanges linguistiques avec le petit Richie. Fu-jen café, zhongshus, parasols. Une valse de Schubert détend l'atmosphère. À la fraîche. La sorbonne décontractée. Conditions idéales pour des lignes de caractères. 

mercredi 4 mars 2009

Lavis'all you need 3



"Quand on veut tourner à gauche, il faut savoir parfois tourner à droite". Cet aphorisme pourrait-il figurer parmi les nombreuses leçons de sagesse du Yi King ? Il est peut-être utile à connaître quand on circule en scooter dans cette contrée. Paphoto qui est loin d'être le roi du code de la route l'a appris à ses dépends. Pour ne pas couper la route des véhicules qui viennent en face, quand on veut tourner à gauche à un croisement, il faut d'abord se ranger au feu à droite et attendre son tour. C'est la règle et comme toute règle, elle a un fondement logique. Elle permet d'éviter que les scooters s'agglutinent au beau milieu d'un carrefour et freinent la circulation.  Comme toute règle, il est loisible de l'enfreindre, de la respecter ou de l'oublier. 

Note salée. Lavis de mauvaise conduite en échange. Paphoto croque l'agent qui l'aligne et s'accorde petit plaisir et basse vengeance. La tour Xin Kong Life dont la silhouette se détache au loin dans la nuit se dit que ça pourrait faire un bon sketch. Le policeman intrigué s'approche du dessin, le sourcil suspendu, et sanctionne : "allez, circulez, circulez".

mardi 3 mars 2009

Musique d'ambiance 1


On pourrait croire cette scène d'une banalité affligeante. Paf est tombé sur la tête. Ah, bon. Il dessine même les bennes à ordures maintenant. D'ailleurs, ses dessins commencent un peu à sentir rance. Le trait devient nauséabond. Pour un peu, il va bientôt tirer le portrait aux vagabonds. On va quand même pas se salir les doigts à lui laisser un commentaire. 

Tout au contraire, ce mouvement de foule chorégraphique se répète quotidiennement à peu près aux mêmes endroits et à la même heure.  Les commerçants et les particuliers viennent jeter élégamment par eux-mêmes les détritus diurnes. Comment savent-ils qu'ils doivent se rendre au petit coin de la rue pour y déposer leurs offrandes ? C'est on ne peut plus simple. On l'entend de loin. De très loin. L'éboueur avertit ses concitoyens chaque fois grâce à la même petite mélodie. 

Quelle est-elle ?* 
La Chevauchée des Walkyries
La lettre à Élise 
Yellow submarine

*rayer la mention inutile








lundi 2 mars 2009

Couleurs 3



Quand chute gros grain, il y aurait de quoi devenir grincheux. Heureusement, des héros surgis de nulle part sous des capes de pluies multicolores font leur apparition pour faire obstacle à la mauvaise humeur des cieux peu cléments.  C'est exact. Paf a cru reconnaître les forces à nouveau réunies des Biomans mais son instinct critique se heurte à un dilemme interprétatif. Il ne sait pas quelle mission les anime. Remettre un peu de gaieté dans un environnement urbanistique mitraillé par la grisaille. Lancer une campagne avant-gardiste pour le respect des couleurs primaires. Inciter Hou Hsia Hsien à faire un remake de Reservoir dogs. 

dimanche 1 mars 2009

Lavis'all you need 2

Petit grain au-dessus de Tai Ta台大, la grande université nationale de Taipeh, les étudiants vont aux abris. Le temps se gâte, brain storming file à l'anglaise. Quelques cervelles lentes ou tempétueuses, indifférentes au zéf et aux désordres physiques, restent à découvert. So music.

Lavis, lavis, lavis
There's nothing you can dream that can't be dreamt
Nothing you can draw that can't be drawn
Nothing you can paint but you can learn how to play the game
It's easy,

All you need is lavis, lavis, lavis, 
Lavis'all you need, lavis'all you need (x9)